La robe de soprano m’empêche d’écouter !

Directeur artistique de l’ensemble Les Cris de Paris, qui propose des concerts baroques ou contemporains comme des spectacles mêlant danse, théâtre et musique, Geoffroy Jourdain nous reçoit dans un café du XXe arrondissement de Paris, quelques jours avant son départ pour l’Inde.

Pourquoi les Cris de Paris développent-ils autant les collaborations avec d’autres disciplines artistiques ?

Cela s'est fait naturellement parce que j’étais entouré des bonnes personnes. Je ne l’ai jamais conçu comme une stratégie. À l’exemple de notre travail sur Memento Mori (2012). Je rêvais de produire en concert les cantates morales de Luigi Rossi que j’avais recopiées dans la bibliothèque du Vatican. Mais ces œuvres conçues pour encadrer un sermon, pour inciter le public à écouter le sermon, risquaient de perdre leur raison d’être. Avec le metteur en scène Benjamin Lazar, nous avons alors choisi de les associer à un sermon de Bossuet.
En outre, ces musiques étaient présentées à l’époque dans un grand décorum avec fanions et têtes de mort, destiné à impressionner le public. Comme nous souhaitions conserver cet aspect terrifiant, nous avons demandé au vidéaste Clément Cogitore une création en ce sens. Ainsi, à l’écoute des autres, portés par la confrontation de multiples visions (théâtre, musique, vidéo), nous avons abouti à un projet très différent de l’idée initiale.

Qu’est-ce qui vous déplaît dans les concerts classiques ?

La robe de soprano ! La plupart m’intriguent tant qu’elles m’empêchent d’écouter correctement la musique. Par extension, je dirais, pêle-mêle, les entractes, le fait d’être coincé dans un fauteuil, les protocoles d’applaudissements, le rapport frontal avec les interprètes…

Beaucoup d’œuvres ont été composées pour d’autres contextes que le concert. Aujourd’hui, on interprète par exemple les livres de madrigaux en entier, soit une vingtaine de pièces souvent très semblables à la suite, alors que chacune était conçue comme une œuvre distincte. On fait subir ça au public alors que moi qui adore cette musique par-dessus tout, au bout de quatre ou cinq madrigaux, j’en ai marre !

« J’entends ça dans ma tête, voulez-vous entrer pour écouter ? »

Votre attirance pour le répertoire contemporain est-elle liée au plaisir de travailler directement avec les compositeurs ?

Passer des commandes à des compositeurs contemporains me tient vraiment à cœur, à la fois pour développer des langages originaux et avoir le plaisir de travailler avec eux. Se mettre le plus possible à leur service en tant qu’interprètes, c’est leur laisser nous dire : « j’entends ça dans ma tête, voulez-vous entrer pour écouter ? ». C’est passionnant !

 

 

— Clémence Hérout

Crédits photos :

Encadré ©Nathaniel Baruch,

Photo à la Une ©K.Pelgrim

Le 13 Février 2014 par Clémence Hérout

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